Il y a un mois maintenant, le groupe Radiohead surprenait ses fans et l’ensemble de l’industrie de la musique en annonçant que son septième album In Rainbows allait être disponible en téléchargement à partir de leur site internet. Jusque-là, rien de bien original, sauf que le groupe, sans maison de disque depuis 2003, a décidé que le prix d’achat des dix mp3 serait librement choisi par le consommateur, sachant qu’il est parfaitement acceptable de ne rien payer du tout.
In Rainbows, un des albums les plus attendus de l’année 2007 peut donc être acquis gratuitement ! De plus, les fichiers n’étant munis d’aucun dispositif de protection, ceux-ci peuvent être copiés sur n’importe quel ordinateur ou support audionumérique. L’achat de l’album se déroule intégralement en ligne sur le site du groupe, il suffit de s’inscrire en renseignant quelques champs informationnels (nom, prénom, adresse, email, téléphone, numéro de carte bancaire) puis d’effectuer sa commande. C’est à ce moment que le consommateur peut fixer son prix, auquel s’ajoute les seuls 0,45 £ de frais bancaires. Une fois la transaction effectuée, l’album est téléchargé sur le disque dur en quelques secondes. Et sur ce même site, les fans purs et durs peuvent toujours commander la version « discbox » de l’album à 40 £ qui comprend des morceaux inédits, un vinyl et un livret.
Une méthode de distribution risquée, mais révolutionnaire
Alors que beaucoup d’observateurs avaient estimé que Radiohead allait se passer d’un label pour cet album, il était communément admis que le groupe utiliserait au moins une plateforme de téléchargement comme iTunes pour le distribuer. Peu avaient soupçonné qu’ils avaient l’ambition (ou même la capacité de serveur) de sortir un album par leurs propres moyens. Mais comment se fait-il que le groupe que certains décrient comme le meilleur du monde, ou du moins le plus innovant, accepte de laisser sa musique à la merci d’une génération habituée au téléchargement gratuit ? Et comment une telle opération peut-elle financièrement viable ? Sans label, ni distributeur, il est évident que la part de profit revenant au groupe va augmenter, encore faut-il que les consommateurs acceptent de payer quelque chose.
Peu avant la sortie de l’album, le 10 octobre dernier, Bryce Edge, un des manageurs du groupe avait déclaré : “Nous sommes prêts à prendre un risque et nous aurons peut-être l’air ridicule, mais nous sommes convaincu que si la musique est bonne les gens l’achèteront“. Quoi qu’il en soit, le groupe a généré une publicité sans précédent pour cet album, et ce sans avoir à envoyer des copies promotionnelles à la presse et aux radios, ce qui a considérablement réduit le risque de fuites sur internet avant la sortie officielle. Dès la première semaine de sortie, Google a révélé que les recherches pour Radiohead avaient augmenté de manière exponentielle avec la multitude de fans s’empressant de s’inscrire sur le site officiel. Un porte-parole du groupe a même annonçé que la majorité préféraient commander la version discbox de l’album à 40 £ plutôt que de télécharger l’album sans graphisme et sans paroles.
Un véritable succès ?
Il est difficile d’évaluer le succès du projet étant donné que Radiohead refuse de communiquer ses chiffres. D’après l’étude menée par la société, une majorité de 62% d’internautes n’ont rien payé pour le téléchargement et parmi ceux qui ont donné quelque chose, la plupart ont payé moins de 4 $. Mais suite à la publication de ces chiffres, Radiohead a immédiatement démenti et rappelé qu’il était impossible pour toute organisation extérieure d’avoir des chiffres pertinents sur les ventes de l’album, puisque celui-ci ne peut être téléchargé que sur leur site. Le groupe a toutefois confirmé que ses chiffres étaient faux et qu’ils ne reflétaient en rien le véritable succès de l’expérience.
Il est donc trop tôt pour tirer des leçons de cette expérience et le monde de la musique attend avec impatience que le groupe lui révèle quelque chose. Avouons-le, comment peut-on spéculer sur l’avenir de l’industrie du disque si l’on ignore l’ampleur du succès d’un groupe comme Radiohead sur une telle opération ?
Crise du disque : Radiohead enfonce le clou
Le contrat de Radiohead avec EMI/Capitol a pris fin après la sortie de leur album Hail to the Thief en 2003. Peu avant de commencer le travail sur In Rainbows, le chanteur Thom York annonçait au Time : “J’aime bien les personnes dans notre maison de disques, mais l’heure est venue de se demander pourquoi nous en avons besoin ?“.
Certains des plus grands noms de l’industrie musicale, comme Jamiroquai ou Oasis, ont déjà annoncé qu’ils emboîteraient le pas à Radiohead. Ces actes de défi envers les majors pourraient se multiplier au rythme des expirations de contrats d’artistes. « Ceci est un nouveau coup dur » témoigne le directeur artistique d’une majore européenne. Et d’ajouter : « Si le meilleur groupe du monde ne veut plus de nous, je ne sais plus trop ce qu’il reste de cette industrie ».
Offrir sa musique n’est pas qu’une option réservée aux grands artistes internationaux, beaucoup de jeunes groupes inconnus peuvent aussi en bénéficier. Il y a deux ans déjà, le quatuor anglais Arctic Monkeys entrait dans l’histoire du rock grâce à ses nombreux fans qui avaient découvert leur musique sur des sites de partage peer-to-peer. N’ayant rien à perdre, ils ont embrassé la distribution gratuite avec des plateformes comme Myspace et très vite, les plus grands labels se sont bousculés à leur porte pour sortir leur premier album.
Selon Alan McGee, l’homme qui avait signé Oasis chez Creation Records, et l’actuel manager des Charlatans « C’est clairement le début de la fin du vieux modèle. Tenter de résister à ces initiatives ne sert plus à rien. Avec les baisses de ventes de CD, les artistes ont désormais plus à gagner en remplissant des salles de concert et en vendant du merchandising. Je pense que c’est le futur modèle économique ».
Nous mettrons du temps à découvrir toutes les ramifications de l’expérience Radiohead, mais pour certains artistes, se priver des services d’un label, rester maître de leurs droits d’auteur, et ne plus tout miser sur les ventes d’album pourrait très vite devenir la tendance. Car si l’industrie du disque est en pleine crise, le marché du live, connaît quant à lui un véritable boom. En juillet dernier, l’artiste Prince distribuait gratuitement son nouvel album Planet Earth par l’intermédiaire du journal britannique Mail on Sunday. D’abord ridiculisé par la presse, il a annonçé rapidement une série de 21 dates consécutives à Londres, lesquelles affichèrent toutes complet.

6 décembre 2007 @ 13:38
Cool article, finally record companies loose their control over groups and will no longer be able to make ridiculous profits.